Voyage à Lubango

Publié le par YEBO!

João est barman dans le lodge qui surplombe Lubango. Il me paye un coup à boire et me dit qu’il aime les pays pour leur histoire et leur résistance, leur force à relever la tête. À monter des civilisations aussi sans doute. Pour que les descendants s’exclament et s’esbaudissent sur les splendeurs laissées par leurs aïeux dans les musées et les rues. Les merveilles de la technologie devant lesquelles nous sommes sans voix, aphones, juste les yeux et les oreilles à fonctionner pendant que nos doigts s’agitent nerveusement sur des touches d’alphabet de plus en plus petites. Jusqu’à ne plus parler, avoir une vue qui baisse et des articulations arthritiques.

Bénéfice net consolidé en point d’exclamation, plus que douteux.  

Et les descendants de ces beaux pays, certains de leur suprématie, envahissent les terra incognita, vierges de toute trace civilisationnelle visible, pour y importer la leur et continuer à bousiller tranquillement la planète. Jolie perspective d’avenir. Va bien falloir casser tout ça. La corrida aberrante qui nous donne de fausses raisons de vivre, de « relever la tête » comme dit João.  

Marrant au début de la conversation il n’aimait pas son pays. « pessoas mal dispostas, mal criadas ». Je lui ai dit que je n’étais pas tout à fait d’accord, lui ai parlé du salon de coiffure avec les vieux barbiers en ligne, de débuts assez froids, de conversations qui s’animent pendant que les cheveux s’amoncellent sur le sol carrelé  du couloir étroit, de franches rigolades enfin. Après, il n’a suffit que ça, ses compatriotes devenaient joviaux, aimaient parler (aquela gente fala, fala !), gros car la bouffe est bonne, diverse (pas comme en France ! ce qu’on te sert « não passa fome » tu m’étonnes ! 2 crevettes et une feuille de salade…)  

Les Italiens ? Muito mal criados. Mais l’Italie? Aie aie aie… pays de rêve. Il y a l’histoire et la résistance !  L’Allemagne ? Je voyais les gens « muito ma », y suis allé, ai vécu à Cologne – non je ne parle pas la langue – et bien c’est un pays tout neuf – oui en anglais – les gens sont sympas.  

Pas l’avis de Rainer qui a du mal à voir les vieux nazis très riches à la retraite financer des camps de jeunes sans travail vision ni avenir. Les papis et les petits-enfants sautent la génération du baby boom allègrement, transmission de culture douteuse, création d’improbables réseaux avec la blanche caucasie raciste et quelques autres pays nordiques ayant eu des tentations eugéniques avec toutes sortes de handicapés. Rainer ne voit pas ça d’un bon œil mais il le voit, et je flippe pour mes gamins. 

Qu’est ce que la nature est belle à Lubango. Dans les municipes alentours les gens vivent en harmonie avec elle, sur les hauts plateaux battus par des pluies et des vents parfois violents. Les violences restent au sein des familles élargies, les femmes travaillant et faisant des enfants alors que la majorité des hommes palabrent, boivent et baisent en regardant leurs maigres troupeaux. Violences tranquilles qui ne transparaissent pas des paillotes pour l’étranger. Mais que l’on voit dans les regards féminins portant leur progéniture au dos et le fruit de la récolte à vendre au marché (10 bornes à pied) sur la tête…  

Publié dans Voyages

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