Victor

Publié le par YEBO!

Dans un bureau vivaient quelques plantes : grasses ou vertes, jamais sevrées de lumière : le soleil n’est pas dispendieux. Les meubles de métal alourdissaient son âme et meurtrissaient sa vie. 10 ans à courir d’une campagne municipale à une législative partielle dans la Drôme, en passant par la propagande qu’il fallait assurer chaque jour par quelques mots assemblés qui sonnaient neuf, bien sentis. 10 ans pour fabriquer un appât, un leurre, un canard de bois sur l’étang électoral.

Le 22 Octobre 19.., il éclate de rire dans le wagon du métro qui le mène de Sèvres Babylone à Montparnasse et ça ne sera plus jamais pareil.

"Ce jour, je reste et regarde. Je ne quitterai pas de la journée le cadre de mosaïque qui fait un peu penser à un vieil aquarium ; avec ses poissons lunes qui passent, bouche bées en attendant de regagner la surface."

Aujourd’hui n’est pas un jour comme les autres. Plein d’amour à donner moi, plus de temps à perdre. Et de fait, ce premier jour fut merveilleux, habillé de sourires veloutés, à la bulgare ; poussant les portes de la serviabilité (sic).

Victor resta là. Il voulait aussi dormir dans cette cage non grillagée pour observer l’aquarium sans lumière artificielle ; voir luire les yeux de quelques rats.

Pourtant, son sourire s’estompait chaque jour un peu plus et il en arriva vite à demander, mal rasé et sale, quelques francs, toujours un peu plus arrogant, blessé non plus dans son amour propre mais dans sa chair. Ses aisselles le démangeaient souvent et il rêvait dans les nuits bleutées du souterrain à ces ailes qui finiraient bien par pousser.

L’avenir n’existe plus que dans ses rêves, d’ailleurs.

Il vivait au franc le franc, de préfontaine au jambon beurre ; ayant pensé philosopher, dialoguer avec tous ceux qui avaient décidé de vivre comme lui, il ne se rendit même pas compte de sa lente désillusion, pernicieuse, celle qui habite les grandes cités dont le sous sol pourrit lentement.

La ville sécrète ses propres zombis et les enterre vivants, leur donnant cet aspect jaunâtre et cette odeur de pisse et de bière.

Les yeux de Victor s’acclimataient, vitreux et tout fendillés, comme une céramique dont le vernis a cédé sous la pression du temps. Ou de la lumière. Peut être même du bruit. Il s’acclimatait, s’adaptait et reprenait sans le savoir dans un autre style la vie qu’il avait laissé  8 étages au dessus du niveau de la mer : il cherchait toujours la rentabilité lorsqu’il se levait d’un banc. Ses collègues lui avaient appris les multiples combines pour fureter, survivre au dessous. Il organisait sa vie différemment et pourtant…    

 

Son âme se chargeait de poussière. Il sentait le souterrain et les souvenirs affluaient. Regrets d’un temps révolu, il se décida à glisser le nez, puis les orteils dans un indicible extérieur.

Il s’en suivit un fabuleux éternuement qui bouleversa la devanture du kiosque d’un marchand de journaux et décapsula des fleurs (dont les pétales s’étalèrent) d’un mercantile fleuriste de bitume pour 1er mai pluvieux.

Il marchait et se perda bruyamment, la tête enveloppée de pistils aromatiques et fiévreux. Quelques papiers graissés jonchaient le parterre gris souris, clairsemé de tâches fragiles rouges et jaunes.

Publié dans Other (pronounce oder)

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article

bebelle 08/10/2005 23:34

tu conjugues comme Renaud "qd les vents souffleront nous nous en allerons" ???