La parabole du fou - sentiments angolais

Publié le par YEBO!

L'homme courrait tout le tempS. Nu, tout nu. Et sale,très sale. L'avait pas vu peigne depuis ...la fin  de la guerre. En fait ça faisait 2 ans qu'il courrait dans la capitale du pays de la guerre. Des enfants tout aussi crasseux que lui se moquaient de lui, de sa puanteur ils se bouchaient le nez à son passage parfois ils lui jetaient la pierre. La première, la seconde et les autres. Certaines faisaient mouche. Et le sang coagulé séchait sur, sous la crasse. C'était c'est le fou du quartier et ses habitants l'aidaient comme ils pouvaient. Sinon y avait les  poubelles qui regorgeaient de déchets largement comestibles en fait une fois oubliés leur provenance, leur emballage. Le reste du temps il courrait, entre les voitures luxueuses aux vitres fumées que tu ne sais pas qui est à l'intérieur ni combien. Lui non plus ne savait plus très bien pourquoi il courrait ça faisait si longtemps 2 ans il se souvenait juste des généraux  qui l'envoyaient chercher les autres les éclopés qui étaient restés scotchés dans les branches de bush tout chauds plein de poussière il fallait qu'il récupère les morceaux aussi. João lui avait bien dit : ils paient bien t'es plus à bêcher ton champ de misère ta femme et tes gosses ils pourront se la couler douce bouffer autre chose que le manioc mais faudra voir tes compadres de la merde tirer sur leurs voisins et perdre une jambe un bras la vie et toi t'iras chercher tout ça et tu pourras même pas recoller les morceaux il avait raison João : il avait été le rechercher tout cassé la tête en bouillie mon dieu il s'est plus arrêté de courir après avoir laissé les bouts de son pote en vrac dans la tente kaki des secours. La bouche de João une boucherie les chicots déjà pas beaux de son vivant avaient volé en éclat restait juste un trou vermillon des bulles de sang et putain les yeux qui disaient casse toi fous le camp il s'est cassé oui. Vitesse grand V. Il était même pas repassé chez lui il ne voulait pas voir ce qu’il savait déjà, son hameau était tombé entre les mains des ennemis. Et pas de pitié pour les familles des ennemis. Restait plus qu’à courir pour oublier. À la campagne c’était facile, il trouvait facilement à manger les tubercules il les connaissait par cœur, et les puits d’eau. Mais il était attiré par le serpent de terre qui filait à l’horizon. On lui avait parlé (toujours João, le misérable) des villes de la côte qui n’avaient jamais connu la guerre, avec des grands cubes gris comme des villages superposés il voulait voir par lui-même. Ses pieds c’était de la corne. Plus dur que celles de la palanca il ne sentait rien, plus rien. Plus il courrait moins il se souvenait sa tête se vidait. Il ne restait plus que quelques images éparses les plus fortes les yeux de João les dents du sourire de Chinha et les odeurs de ses enfants mais ça diminuait d’amplitude ça se mélangeait à chaque pas de la course. Il croisait les blindés qui ne faisaient pas attention. Encore un fou qui erre nu. Rien à en tirer ils savaient bien les cuirassés ces mecs étaient foutus même plus capables de dire d’où ils viennent run baby run.

La ville ça par contre il s’y attendait pas. Plein de gens partout, tout bien ordonné et rien à grailler les chiens qui survivaient étaient bien malins, mais il y en avait beaucoup. Les poubelles n’étaient vraiment pas bien achalandées car il avait compris que les chiens malins fouillaient sans complexe ces containers gris, aux côtés des gamins gris. Il avait aussi compris que c’était un bon moyen de chier dedans, pour marquer son territoire. Mais les poubelles de Benguela étaient pauvres, gamins et chiens faméliques le regardaient avec un œil torve et mieux valait filer d’ici. Courir toujours, et suivre le serpent gris qui longeait la rivière à un seul rivage. Beaucoup plus chaud pour la corne de ses pieds mais mieux valait rester sur le serpent malgré les cangondeiros et les camions qui le frôlaient, et leurs passagers qui s’amusaient à lui jeter des bouteilles et des canettes de bière. Il s’en foutait il ne sentait rien il courrait point trait.


 



Les nuits il trouvait de quoi dormir au chaud contre une vache de manada. Ces vaches l’aidaient à satisfaire ses besoins animaux et il reprenait sa course bien avant que les bergers miséreux ne reviennent sur la pâture. Les images maintenant se mélangeaient à chaque pas de sa course. Le sourire de Chinha se mélangeait au vide de João. Les odeurs de ses enfants ses douces odeurs un peu âcres se mêlaient à celle des ordures et des gamins gris des villes. Ceci augmentait l’amplitude de sa course, afin que les sens le quittent. De temps à autre il secouait la tête comme un forcené, toujours en courrant, comme si une nuée de mouches l’assaillait. Effectivement une nuée de mouches l’assaillait de l’intérieur. Les mouches du dehors étaient pareilles à celles du dedans. Lune et soleil alternaient et déjà il ne la voyait plus. L’alternance. Le lit des hommes normaux aux horloges. Il se fabriquait son tic tac de souffle et de choc de sa corne sur le bitume. La bitumineuse la légumineuse de Beltegeuse. Et le beau sourire de João écartelé par les étoiles.


 



La Capitale de la guerre il l’atteint le cheveu rastafarisé, l’œil hagard et le corps puant marathonisé. Les premières poubelles furent les bonnes et il s’installa dans le quartier. O Bairro Azul. Le quartier bleu. Des poubelles de première bourre ! Les chiens étaient gras et joueurs, les enfants gris inexistants le paradis en ville quoi. Il s’arrêta de courir assez vite pour profiter de cet éden, passant d’une poubelle à l’autre pendant que les passants se bouchaient le nez. Certains gardiens l’avaient pris en grippe, d’autres en pitié. On avait entendu parlé de la guerre dans la capitale de la guerre. De loin. Il ne parlait plus depuis 2 ans, mais ses yeux le trahissaient. Les gardiens lui avaient donné des hardes pour qu’il n’aille plus nu et il les mettait. Parfois. Les gardes avaient leur version de l’histoire, mais c’en est une autre.


 



Publié dans Voyages

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bebelle 08/10/2005 23:36

je ne critique pas j aimerais bien etre capable d aligner trois mots po(u)etiques sans dire une betise