Vous avez dit lettre de motivation?

Publié le par YEBO!

Madame, Monsieur,

 

Je vous écris pour une raison qui pourra vous paraître insolite : On revient toujours sur les terres de ses premières bêtises, mon parcours m'y amène aujourd'hui après nombre détours. Cela fait un an maintenant que, de mon poste d'assistant technique au ministère de l'agriculture angolais, je me prenais à rêver la seconde partie de ma vie sur ces causses qu'il est si difficile à expliquer à ceux qui n'en sont pas originaires. Les petits murets de calcaire ? Les chênes rabougris ? Les traces du renard dans la neige aux détours du virage d'une départementale sinueuse ?

Et la rêver comment ? Mon grand père était gaulliste exaspéré par de Gaule, radsoc sans racine socialiste, de droite élu par un conseil municipal communiste. Bref un paradoxe.  J'ai une image forte de lui lisant Le Monde avec la radio et la TV allumées, captant les informations qui l'intéressaient (surtout les cours de la Bourse) sans pour autant cesser de lire.

Et je suis si différent de lui!

 

Tout d'abord Sciences po à Toulouse, économie et finances, loin du cocon familial et du Paris villageois de mon enfance; qui m'ont permis de passer des week-end privilégiés chez mes grand parents et qui me permettaient d'expliquer goguenard à quelque gendarme de Matabiau me demandant ce que je portais dans ma besace « Ô trois fois rien, un petit pot de confiture et un pain de campagne ». Vous pouvez imaginer leur tête, encore plus drôle après que j'aie obtempéré sur l'ordre « Vous vous foutez de moi ?! Ouvrez votre sac ! » et observant circonspect que le contrevenant circonvenu n'avait pas menti!

Puis retour à Paris, une prépa ENA en dilettante (surtout pour la philo) alors que j'assurais (fort mal) le transport terrestre d'un capitaine du train basé à St Germain en Laye, et donnais des cours d'histoire géo (amusant d'expliquer à des adjudants souhaitant accéder au rang d'officiers ce qu'est l'empire du milieu, ou bien que sur la carte de l'Europe nos ennemis potentiels type Albanie avaient le même type de quadrillage « rose » que celui de la France!)

 

Un DEA à Paris Dauphine, pour un garçon pas vraiment pressé de rentrer dans la vie active, sous l'oeil amusé de son grand père, toujours lui (grâce à qui j'avais en son temps pu m'installer à Toulouse). Ce DEA m'a permis de pondre un mémoire basé sur des enquêtes semi ouvertes sur les modes de consommation alimentaire en milieu rurbain (Gramat en l'occurrence)

Et puis le grand saut, le premier pied dans ce monde improbable qu'on appelle du travail, doublé d'un appel au voyage sans doute plus inspiré par mes lectures de jeunesse de Tintin au Congo ou plutôt les Racines du Ciel (Tintin au Congo c'est plus trop tendance) que par une réalité que j'aurais appris à comprendre par la suite. Et un métier surtout, celui qui aura in fine orienté une grande partie de ma carrière, l'audit, la lecture critique d'états financiers, de procédures, dans le but principal de proposer des améliorations qui le plus souvent sont aussi le reflet d'une observation extérieure d'évidences invisibles à celui qui vit dans le corps observé (cf. « De la Démocratie en Amérique » de Tocqueville...)

 

Une carrière double donc, tout d'abord comme chantre de la comptabilité à l'anglo-saxonne, du reporting immédiat, du « tout, tout de suite » pour des actionnaires américains férus de slogans publicitaires ravageurs et autres campagnes qui n'enviaient rien à celles de Napoléon ou Sun Tzu tant les stratégies commerciales étaient montées au sabre d'abordage. C'est sans doute un des points qui m'a le plus ébranlé, celui d'avoir l'impression de travailler avec une armée d'hommes et de femmes formés à conquérir un marché pour vendre à leurs coreligionnaires des produits ou services dont ils n'ont pas forcément besoin, pour le bien être d'un capitalisme dilué, en espérant l'hypothétique carotte des stock options pour gentils cadres performants.

Et il est probable que cette analyse de mes 10 premières années de carrière ait influé sur le choix de la seconde : Retour sur le continent africain pour le compte de la Commission Européenne où l'objet principal était d'aider les gouvernements d'Etats post crises à organiser leurs finances publiques, intégrant dans le budget de l'Etat les nécessaires aides budgétaires des « partenaires de coopération » bi ou multi latéraux, formant des comptables publics à des systèmes informatisés simples afin de suivre l'exécution budgétaire, démontrer que la corruption n'est pas un « mal nécessaire » (d'ailleurs, quand on sait que le budget d'un Etat comme le Mozambique équivaut au chiffre d'affaires annuel d'une PME européenne...)

 

Bref, toujours le langage universel des chiffres et l'analyse du bien fondé des dépenses publiques et de l'établissement des priorités futures.

Je me retrouve donc dans la maison dont je rêvais quelques mois plus tôt, fort d'une expérience insolite, sans réelle volonté de repartir sur les anciennes terres coloniales, persuadé que la somme de ces expériences peut apporter beaucoup...

Publié dans gubpasline

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bebelle 04/07/2006 10:16

une comme ça plairait surement à mon amie Severine , chasseuse, dt tu as l'adresse....