Mozambique droit de réponse - lettre ouverte

Publié le par YEBO!

Avez vous lu un article du Figaro samedi 8 juillet de mémoire qui s'appelait : Mozambique : le gâchis de l'aide internationale de François Hauter?

Tout et n’importe quoi, comme d’habitude.

Voilà la réflexion que je me suis faite après avoir lu son article, et je me plais à penser que l'on doit prendre l'auteur pour un grand reporter spécialiste du développement durable dans les couloirs du Figaro...

 

 

Un salgimondis de conneries qui, si je n’étais pas directement concerné, ne mériterait même pas que l’on s’y arrête.

Car voilà, ce pays, j’y ai travaillé 8 ans. Auprès du ministère du Plan et des Finances, puis du Ministère de l’agriculture. Pour le compte de la Commission Européenne, qui doit être un de ces bailleurs de fonds qui s’autocongratulent…(prière de lire l'article!)

Le journaliste a une déontologie selon moi qui ne s’arrête pas à capter les discours de l’air du temps, car j’imagine très bien Mr. Hauter débarquant à Maputo, se prenant pour Stephen Smith, ayant booké ses rendez vous, et tombant dans le panneau du discours politique ambiant qui règne au Mozambique depuis l’élection de Mr. Gebuza, lui aussi Frelimo, remplaçant de Mr. Chissano a la tête du pays.

Car l’autre richesse du journaliste est celle de voir plus loin que le bout de son nez. Et donc d’avoir des informateurs dignes de ce nom.

En effet, le virage libéral a été rude suite à l’élection. Mais il faut arrêter de croire que les dirigeants africains sont infoutus de construire une stratégie de long terme qui aille au delà de 2 législatures, même si ça fait mal. Après la signature des accords de paix, Mr. Chissano a ouvert les bras aux bailleurs de fonds. Déminage, modernisation de la fonction publique (avez vous essayé de visiter quelques ministères ?). 12 ans de « deixa andar » (laisse faire), tous azimuts. Rentrer dans la communauté de développement de l’Afrique Australe (mini CEE balbutiante), le Commonwealth, la Francophonie, appeler les institutions financières à accompagner la reconstruction du pays après 30 ans de guerre anti-coloniale puis civile

Mr. Gebuza reviendrait donc quant à lui à une politique à la « Samora Machel », assassiné ( ?) à l’époque de l’apartheid (enquête en cours…), Castro de l’Afrique Australe, adulé de la population mozambicaine au nom du « bon vieux temps » quand il n’y avait pas d’argent, mais de la sécurité et de la nourriture. N’y voyez-vous pas une certaine logique qui, après un plan Marshall version république bananière, ressert les boulons afin de digérer 10 ans de réforme à plein régime ?

Réforme à plein régime, quelques exemples… Les principaux cadres des institutions publiques étaient largement marxistes en 1995, avec un très fort goût du secret et une non transparence pas forcément liée aux possibles traces de corruption… Car soyons sérieux, le budget de l’Etat mozambicain financé à l’époque à plus de 40% par des crédits et subventions des bailleurs de fonds ne pèse guère plus que le chiffre d’affaires d’une belle PME européenne. Il est donc clair que 10% de ponction sur ce budget sont bien plus visibles que 0,5% sur le budget d’un pays « civilisé », alors même que les montants détournés sont sans commune mesure !

Et comment combattre au mieux cette corruption, dans un pays où la moitié du PIB est « consommé » par le budget de l’Etat ? En formant les comptables publics à des systèmes simples de gestion. Ainsi, le ministère de l’agriculture mozambicain, sorte d’administration tentaculaire au début d’une action conjointe d’une douzaine de bailleurs de fonds et des cadres du ministère, est maintenant une administration où la gestion a été décentralisée au niveau du district, où chaque metical dépensé est reporté aux comptes de la Nation dans le mois suivant, où les comptes trimestriels sont « online », et sont régulièrement audités par un des big 4 régulièrement contracté, où le ministère monte des appels d’offres transparents pour gérer les crises de fièvre aphteuse aux frontières ou monter des agences de micro crédit avec la Banque centrale. Imaginez que les 100 et quelques comptables publics n’avaient à l’heure du big bug de 2000 jamais vu un ordinateur que sur le bureau de leurs chefs (fenêtre ouverte sur un jeu de solitaire…) et que ces mêmes personnes envoient maintenant régulièrement des comptes pour une consolidation claire et transparente. Je n’ose même pas penser en demander autant à un de nos brillants ministères ici.

Donc s’il vous plait, ne tombez pas dans les pièges du tout tout de suite, où celui qui gueule le plus fort a toujours raison, et renseignez vous, allez sur le terrain (c’est à dire pas à Maputo, mais bien dans les capitales provinciales et autres chefs lieux de districts), soyez subtil !

 Qu’est ce que le développement durable dans un pays comme le Mozambique , où 60% de la population vit de l’agriculture ? Qu’est ce que le rôle d’une administration balbutiante dans la redinamisation du tissu économique local ? Depuis combien de temps notre administration existe-t-elle, évolue-t-elle (sic) ?  Il faut poser les bonnes questions afin d’y répondre posément et pas tirer à bout portant  

 Vous pleurez sur le sort des fermiers blancs, donnant l’exemple du corridor de Manica Sofala (vous ne citez pas l’exemple encore plus cuisant de Niassa) qui ne trouvent pas de débouchés à leur production. Mais n’est ce pas la loi du libéralisme prôné par votre journal ? Les uniques débouchés sont ils ceux de sociétés para publiques ? Les banques privées (Mr. Cantin…) ne peuvent elles pas accorder des prêts à taux bonifiés ? (en 2003, il me semble que si… )

 

 

Mais nous pouvons en débattre, à votre guise...  

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


Publié dans Voyages

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bebelle 04/07/2006 10:12

et tu as envoyé ça au figaro au moins????